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Les outils du (bon) scénariste

cddamLa création d'une histoire parait aisée quand on débute en BD. Plus facile en tout cas que le dessin lui-même. Mais au fur et à mesure des progrès réalisés, on se rend compte petit à petit que le dessin devient de plus en plus facile et évident, contrairement à la construction du scénario qui, elle, devient de plus en plus ardue.

Principe des vases communiquants ou loi universelle de l'équilibre des forces inter-cosmiques ?

Peu importe puisqu'ici, on va tenter de faire pencher la balance de notre côté !

 

I Règles de base d'un bon scénario

 

Règle n°1 : Le scénario doit plaire au lecteur.

Règle n°2 : Si le scénario ne plaît pas, consultez la règle n°1.

 

Non, je rigole. Il existe quantité de règles ou d'aspects à apprendre pour faire un bon scénario. Tellement qu'un tutoriel serait loin d'être suffisant pour tout appréhender. Il existe d'ailleurs de nombreux livres sur le sujet.

Non, ici, je vous propose juste de partager une méthode qui permet, si ce n'est de faire un bon scénario, d'éviter au moins les manques qui le rendrait bancal à coup sûr et donc, par extention, sûrement mauvais.

 

 

II Le schéma actantiel "inversé"

 

À la base, le schéma actantiel est un outil d'analyse, pas de création. Mais s'il est un puissant outil pour analyser une oeuvre (pas sûr qu'il fonctionne pour un tableau par contre), alors en l'utilisant dans l'autre sens, il peut nous aider à éviter des manques, permettant ainsi de combler les vides scénaristiques préjudiciables à l'histoire que l'on veut raconter. De cette façon, elle acquérera plus de profondeur, de corps et donc de vie, pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Mais tout d'abord, voici comment se présente le schéma actantiel :

 

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[Cliquez pour voir en plus grand]

 

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  • Sujet : personnage dont on veut suivre la Quête

  • Quête : chemin à parcourir par le Sujet pour atteindre l'Objet

  • Objet : c'est le but à atteindre par le Sujet

  • Emetteur : ce ou celui qui commande le Sujet d'atteindre l'Objet

  • Destinataire : ce ou celui qui reçoit l'Objet du Sujet

  • Adjuvants : tout ce qui aidera le Sujet dans sa Quête

  • Opposants : Tout ce qui empêchera le Sujet d'atteindre l'Objet

 

Tous les éléments du schéma ne sont pas forcément des être vivants ou des choses palpables. Ce peut être aussi des idées ou des forces ou encore d'autres choses.

De plus, tous les éléments ne sont pas forcément des personnes ou entités différentes. Une princesse qui demande à un prince charmant de la secourir est à la fois Emetteur et Objet, elle peut aussi par sa seule existence être Adjuvant pour le prince.

 

Voici un exemple : C'est l'histoire d'un dessineux qui veut devenir dessinateur professionnel sous l'égide de la MTKC :

 

  • Sujet : dessineux

  • Objet : dessiner une BD pour être embauché à la MTKC

  • Quête : l'action de réaliser la BD puis de la remettre à la MTKC pour être embauché

  • Emetteur : le dessineux lui-même

  • Destinataire : la MTKC

  • Adjuvants : le café, la foi, la force de la passion, la volonté, etc...

  • Opposants : la deadline, la fatigue, le découragement, Ed (qui bloque l'entrée de la MTKC)

 

 

III Donner du corps à l'histoire ou la première couche de "Quisquid" (prononcé "quouisquouid")

 

Dans l'exemple, on ne manque d'aucun élément pour la base du scénario mais ce n'est pas suffisant pour le rendre complet pour autant. Dans l'état actuel, l'histoire manque de profondeur. C'est à ce moment que l'on peut utiliser un deuxième outil qui nous aidera à combler un peu les vides, j'ai nommé le "Quis, Quid, Ubi, Quibus auxiliis, Cur, Quomodo, Quando " !

Bon, ce n'est pas moi qui l'ai nommé ainsi, j'avoue... On va réduire son nom pour le tutoriel à "quisquid", ça sonne bien. En français, ça donne (dans le désordre) Qui, Quoi, Où, Quand, Comment, Combien, Pourquoi, nommé rapidement le QQOQCCP.

 

Ce qui donne dans notre exemple :

 

Qui : le sujet, tout seul

Quoi : une BD

: dans sa chambre, à son bureau

Quand : tous les soirs après les cours et les devoirs

Comment : au trad (c'est ce que veut la MTKC)

Combien : entre 20 et 30 pages pour le one-shot

Pourquoi : parce que c'est son rêve depuis tout petit

 

On vient ainsi, à l'aide de quelques questions et réponses, de donner un peu plus de corps à l'histoire. Mais on reste toujours en surface. Plein de questions peuvent encore venir s'imposer dans nos têtes comme : pourquoi est-il tout seul ? Comment fait-il pour avoir le temps de dessiner après ses cours ? Quelle est l'histoire qu'il veut raconter ? Depuis combien de temps dessine-t-il ? Est-ce qu'il aime le nutella ? Et encore bien d'autres.

C'est pourquoi une seule couche de quisquid n'est pas suffisante pour contenter le lecteur généralement. Pour donner encore plus de profondeur et donc, de réalité à notre scénario, il faut refaire des quisquids pour chacunes des réponses apportés à la première couche de quisquid. C'est long et laborieux, mais ça fonctionne.

 

 

IV Encore du "Quisquid"

 

En exemple. À la question "comment ?", la réponse était : "au trad (c'est ce que veut la MTKC)". On va faire un quisquid sur la deuxième partie de cette réponse ce qui nous donne :

 

Qui : le membres décideurs de la MTKC

Quoi : des planches originales au trad

: dans les locaux de la MTKC

Quand : euh... aux heures d'ouverture ?

Comment : remises en mains propres par le dessineu (s'il a réussi à passer l'entrée)

Combien : le plus possible

Pourquoi : parce qu'un contrat passé avec LULU les oblige à prendre uniquement des planches originales...

 

Puis un tour supplémentaire de quisquid à la réponse à la question "Pourquoi ?".

 

Qui : LULU et les membres de la MTKC

Quoi : un contrat d'exclusivité

: dans les locaux de la MTKC toujours...

Quand : depuis la création de la MTKC

Comment : signé avec leur sang

Combien : c'est au moins le deuxième contrat de ce genre

Pourquoi : parce que la MTKC avait besoin de LULU pour grandir et parce que LULU veut toujours plus d'âmes

 

Une quatrième couche, sur LULU ?

 

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Voilà l'un des inconvénients de cet outil, plus on se pose de questions et plus on veut s'en poser. L'univers prend vie et la curiosité du scénariste grossit. Mais il arrive que le scénariste, par trop de curiosité ou trop d'assiduité, en fasse vraiment trop et s'éloigne de son histoire. Le mieux est l'ennemi du bien. Il faut donc prendre garde à ne pas trop s'étendre sur des éléments dont on n'entendrait peut-être même pas parler dans notre histoire.

 

 

V Le schéma actantiel "inversé" pour tous

 

Vous connaissez l'orangina rouge ? "Pourquoi est-il si méchant ? Parce queeeeeeee !"

Si vous ne voulez pas que certains de vos personnages, comme le grand méchant par exemple, soit ce qu'il est parce qu'il l'est, il faut leur appliquer également le shéma actantiel "inversé". C'est ce qui a été fait pour de nombreux grands méchants ou des seconds rôles dans certains mangas ou animes. En voici quelques uns :

 

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Charles Di Britania, Lord Genome, Sasuke, Light ou Raito même si dans son cas, c'est le héros de l'histoire, mais il est le vrai grand méchant quand même. Il en existe quantité d'autres ayant reçu le même traitement. Et souvent, ces personnages sont très appréciés des lecteurs, parfois plus que les héros eux-même alors que peu apprécient les méchants dont on ne connait rien. Qui aime le Grand Stratéguerre dans Goldorak ?

 

 

VI Plutôt Bulldozer ou plutôt Intuitif ?

 

Avant de continuer, il faut savoir que l'accumulation du schéma actantiel "inversé" et d'une ou deux couches de quisquids doit se faire pour chacune des péripéties du héros de notre histoire. En effet, peut-être qu'un soir, notre dessineux aura toute une aventure pour réaliser une simple planche.

Il y a la Quête principale, la trame générale de l'histoire. Dans notre exemple, il s'agit de réaliser une BD et de la remettre à la MTKC. Mais pour réaliser cette noble Quête, le dessineux devra passer par plusieurs étapes, que l'on peut qualifier de mini-quêtes. La grande difficulté du scénariste consciencieux sera de ficeller correctement le scénario pour chacune de ces mini-quêtes. S'il utilise les deux outils proposés dans ce tutoriel, la somme de travail peut très rapidement devenir gigantesque. Il y a au moins deux méthodes. La "Bulldozer" ou "l'intuitive".

 

Appliquer la méthode "bulldozer" consiste à faire un shéma actantiel "inversé" suivi de deux ou trois couches de quisquids pour tous les éléments et tous les personnages du scénario. Ça permet de ne rien oublier en théorie mais cette méthode demmandera une somme de travail considérable dont la majorité ne servira à rien.

 

La méthode "intuitive" quand à elle est plus fine. Il suffit d'utiliser le schéma actantiel "inversé" et les couches de quisquid en fonction de l'histoire et des orientations possibles qu'elle pourrait prendre ou de l'importance des éléments. Elle permet par exemple d'éviter de faire des recherches sur un personnage secondaire qu'on ne verrait que quelques fois, comme la mère du dessineux dans notre exemple. Cette méthode est plus rapide que la bulldozer mais en l'utilisant, il est possible de passer à côté de beaucoup de choses ou de créer plus facilement des incohérences.

 

 

VI C'est fini ?

 

S'il suffisait de faire quelques schémas actantiels et quelques quisquids pour réaliser un bon scénario, tout le monde pourrait devenir un grand scénariste. Les outils proposés ici n'empêchent pas certaines incohérences ou failles, genre les paradoxes temporels dans une histoire avec des voyages dans le temps. Ils ne permettent pas non-plus de mettre en place des suspens, des cliffhangers, des mises en scènes particulières, etc...

Ces outils permettent juste de donner du corps au scénario pour le rendre plus réaliste et crédible aux yeux du lecteur. En aucun cas, ils se suffisent à eux même pour créer un "bon" scénario, mais ils y participent. Ils sont une aide, au même titre que des béta-lecteurs ou simplement des amis avec qui discuter des scénarii inventés. Mais pour progresser dans la construction de vos histoires, tous les outils du mondes ne seront pas suffisant sans la pratique et l'expérience.

 

Bref, la route est encore longue jeune padawan.